mercredi 13 juillet 2011

Le temps ralenti roule rougeoyant

Je vois tout tomber autour de moi, en pluie de gravats, ça s'écroule. J'en n'ai rien à foutre, je n'ai plus rien à perdre. Je vois une flamme s'avancer vers moi et soudain je suis assis sur les genoux de ma mère, en train de pleurer pour une écorchure qui fait pas si mal mais j'avais vraiment envie d'un câlin. Je me revois tendre la main timidement pour prendre la main de la jolie brune aux yeux verts qui me sourit en m'aimant. Je la revois dans une mare rouge s'éloigner tout doucement. Je me rappelle de ces heures, de ces jours et de ces nuits où j'oubliais tout en me plongeant dans des piles de bouquins, et je me rappelle de ce premier meurtre. Il faisait sombre. J'étais angoissé comme jamais, sachant pertinemment que ce geste allait changer ma vie. J'ai toujours eu peur du changement. Mais en même temps, comment vous dire, j'en avais toujours eu envie. Alors je l'ai fait. J'ai bâillonné de la main la demoiselle et de l'autre je lui ai planté mon couteau dans le dos, la gorge et le ventre. Sans lâcher ma prise, je l'ai planté comme ça. C'était facile, la lame entrait tout naturellement. Seul me dégoûtaient les bruits des estocs et des gargouillis de chair et de sang. Quand elle s'est affaissée et est restée silencieuse, je l'ai lâchée. Il n'y avait personne dans la rue. J'étais transpirant, couvert de sang. Je suis parti, j'ai couru loin d'ici mais j'avais encore l'envie de tuer. Pas un besoin, juste une envie.

Depuis ce jour je tue. La police a retrouvé ma trace et monte dans l'escalier. J'ai ouvert le gaz. La porte s'enfonce sous les coups du bélier et les gardiens de la paix entrent dans l'appartement en trombe.

Allument la lumière.

Une explosion terrible. Tout s'est ralenti d'un coup. Les murs éclatent, les vitres aussi, m'entaillant la peau. Je sens mon oeil se crever sous l'impact d'un morceau de verre trop coupant tandis que de l'autre, je vois une flamme s'avancer vers moi. Je vois tout tomber autour de moi, en pluie de gravats, ça s'écroule. J'en n'ai rien à foutre, je n'ai plus rien à perdre.

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