C'est lent et gras. Les mouvements de leurs chairs trop amples pour être rapides. Comme un bouton ralenti. Les gros dansent. C'était un des plaisirs du Roi. Il les faisait venir au milieu de son salon, il y en avait trois en tout. Un homme et deux femmes. Semblables à des montagnes, il les avait fait raser, trois oeufs d'autruche énormes plantés au milieu d'un amas de graisse que la peau avait du mal à contenir. Le Roi appelait toute sa cour, sa famille, ses amis et claquait des mains, deux fois, très rapidement. C'était le signal. On ouvrait les deux portes et on amenait les gros. Enchaînés par le cou, ils avaient le regard vide. Ca gargouillait, les plis étaient les uns sur les autres et une forte odeur de transpiration rance venait s'associer à la vue de ces immondes bêtes. Les gens riaient à leur vue, en les pointant du doigt. Montrant les monstres ridicule d'un doigt accusateur, ils déployaient leurs gorges vers le plafond, en éructant un rire strident sur une rangée de dents jaunâtres auxquelles se mêlaient des gouttes de salive. Puis l'orchestre entonnait une danse orientale très lente. Et, libérés de leurs chaînes, les gros dansent. Ils bougent lentement le tas qui leur sert d'enveloppe charnelle et c'est répugnant de voir toute cette viande onduler au rythme hypnotisant des instruments. Ils ne marchent pas, ils sont tous les trois en triangle et bougent en affrontant le regard des Autres qui rigolent plus fort encore.
Ils sont semblables et seuls leurs sexes les distinguent. Ils ont tous le crâne chauve soutenu par trois ou quatre mentons qui supplantent leurs cous. Les seins viennent s'affaler comme des phoques épuisés sur la banquise de leur panse gargantuesque. Ca déborde, des gens vomissent.
Il est difficile à croire que ce spectacle glauque qui mêlait toute la graisse humaine, les odeurs corporelles les plus aigres et le rire le plus cruel fut un des plus appréciés du Roi
lundi 25 juillet 2011
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