jeudi 23 décembre 2010

La douceur de sa peau qui venait embrasser mon regard

Chopin. Nocturne n°2. Quelques notes au piano, douces. De petites gouttes de cristal qui tombent sur un velours pourpre. Le réveil d'une jolie demoiselle. Le soleil vient de traverser la fenêtre de sa chambre et s'est allongé à côté d'elle en lui caressant le visage. Elle ouvre tranquillement les yeux, se réveille dans son grand lit aux draps blancs. Un joli dimanche lumineux comme dans les tableaux de Monet. Elle s'étire, un fin sourire aux lèvres. Elle se lève, en direction de la fenêtre et attend comme chaque matin de voir passer ce jeune homme, aux alentours des neuf heures. Il arrive, de sa démarche calme, elle le voit en bas dans la rue. A demi cachée derrière les rideaux, elle le regarde. Elle ne connaît pas son nom, ne sait pas où il habite, ce qu'il fait dans la vie, ni rien. Mais ça ne l'intéresse pas. Elle boit un chocolat chaud en regardant la rue prendre vie peu à peu. Le matin est doux, le ciel est clair et Mademoiselle se sent heureuse.

samedi 18 décembre 2010

Les araignées dansent une java folle au son des Balkans

Elle était au milieu de l'Église. Menue, petite. Elle souriait. Elle tenait un violon dans sa main gauche, l'archet dans la droite. Sous l'invitation du Silence, elle cala son menton sur le violon et déposa délicatement l'archet sur les cordes. Les doigts sur la touche se mirent à bouger, lentement puis de plus en plus vite, et tandis que les pattes de cette Araignée joyeuse s'animaient, l'archet allait et venait et une musique déchirante et gaie à la fois. Et la petite violoniste souriait. C'était la première fois que je voyais quelqu'un d'aussi heureux en jouant, et c'était aussi la première fois que je voyais un musicien aller aussi bien avec son instrument, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde que cette dame joue du violon et pas autre chose. Je dis cette dame mais elle paraissait enfant quand elle jouait. Un tel rythme, et une telle mélodie sortait du violon, rugueuse et douce à la fois, la musique envahissait l'Eglise entière et nous faisait sentir des odeurs, nous faisait voir des images, et je ne pouvais décoller les yeux de cette araignée qui courait sur la touche, habitée par une énergie qui la faisait danser comme une folle, de plus en plus vite, pour finir le morceau, en s'arrêtant soudainement, quelques notes finissaient et c'était tout. On ne regrettait pas la fin du morceau, on était content qu'il ait existé. La musique qui m'a été offerte ce soir-là était humaine, de celle qui vous élève l'âme et vous transporte vers l'Ailleurs, pour le plaisir de jouer, pour le plaisir du rythme, pour le plaisir des notes, pour le plaisir des sens.

mardi 14 décembre 2010

My Own Mad Hatter

Il était assis contre un immense chêne. Les nuages roulaient au-dessus de lui. Il regardait dans le vague, la pointe de son couteau tournée vers le coeur. Le vent soufflait. Il suffisait d'un geste. Il suffisait de se laisser glisser tout doucement vers ses bras, vers sa voix toute douce qui chantonnait en nous berçant. Sa voix qui nous endormait. L'obscurité se creva et apparut alors un rayon. Un de ces rayons qui chauffent instantanément. Il vit la Nature renaître, le Soleil gagnant sur l'Ombre et éclairant tout au fur et à mesure de l'ouverture qu'il avait faite de son rayon acéré. L'herbe devint verte, les arbres s'illuminèrent, de jaune, de rouge, de marron. L'or des forêts lointaines se mêlait avec l'émeraude des sapins, tout semblait pousser un énorme cri de triomphe, comme si ce réveil était le signe d'une victoire. Il replia son couteau et le rangea dans sa poche. Il suffisait d'un geste. D'un réveil de la nature, d'un rappel de la Beauté Originelle, il suffisait d'un geste pour l'endormir comme pour le réveiller.

jeudi 9 décembre 2010

"Tu nous cours avec tes scorpions, y'a que ça, on se croirait dans le Sahara"

J'écoute Brassens. Vous savez le moustachu qui pompe sa guitare tel un Shadock, roule les "R" et chante d'une voix d'un autre temps des textes grivois, tristes, ou bien terriblement poétiques ? Ca a beau être démodé pour certains, je ne peux pas m'empêcher d'adorer ce monsieur. Comme un grand-père qui chante l'Amour, les filles de joie ou celles qu'on aime et celles qui sont parfois les deux. Celui qui critiquait la société brillamment au détour d'une seule phrase ou d'une tournure qui sortait d'une voix un peu rustique, un peu brute, dont on fait n'importe quoi, sauf naturellement les flûtes. Je saurais pas vous dire ce que je ressens quand j'écoute ses chansons. Elles sont vieilles et pourtant intemporelles et la guitare, que l'on pense répétitive est pourtant mélodieuse pour qui veut bien l'écouter vraiment. La voix d'une époque perdue, où les putains étaient encore respectées, le temps des copains d'abord et où la galanterie n'était pas quelque chose d'exceptionnel.

vendredi 3 décembre 2010

Plume trouvée par terre et couleurs attrapées dans les airs

"La confiture ça dégouline, ça coule coule sur les mains, ça passe par les trous d'la tartine, pourquoi y'a-t-il des trous dans le pain ?" se demandent les Frères Jacques.

Dans ma tête, les valseurs amoureux dansent et cassent tout dans la maison du vieux peintre qui s'affole et qui ne comprend pas comment ils ont crevé la toile et comment les faire retourner dans le tableau. Il y a l'histoire de ce chapeau qui fait flotter son porteur. Il y a ce procès angoissant où l'accusé et le juge sont une seule et même personne. Il y a cette souris aventurière, qui fume et boit du whiskey et joue du jazz sur un piano entre deux tirs de revolvers dans les rues de New York dans les années 30.

Quel bordel quand tout ça est mis dans la même pièce.

jeudi 2 décembre 2010

Un sifflement perçant et puis plus rien

J'ai poussé la porte qui s'est ouverte en grinçant. La pièce était d'un noir d'encre, on n'y voyait rien mais je m'en foutais, je voyais que la Chose était là, et je percevais ses moindres déplacements. Elle se terrait dans un coin, s'enveloppant dans l'obscurité, espérant échapper à ma lame. Tout d'un coup elle a couru et s'est jetée sur moi, me projetant à terre. Je ne lâchai pas mon poignard. Je sentais sa présence derrière moi. Son souffle glacial et ce murmure horrible qui depuis trop longtemps me susurrait des mots obscurs, violents, sans aucune joie.
Ses pattes d'ébène se posèrent sur mes épaules et j'entendais sa voix se faufiler dans mon oreille, comme de l'eau très froide "Allez, laisse toi exploser, une bonne fois pour toutes. Après c'est juste les ténèbres comme tu les as connus depuis toujours, arrache le monde à la simple force de tes griffes, et venge-toi". Je n'en pouvais plus de ses mensonges, de cette malédiction que j'avais accueilli dans mes entrailles. J'ai délicatement enlevé sa main de mon épaule et me suis retourné, face à elle. Elle était là, avec ses huit longues pattes, son aiguillon suintant d'un venin acide et fumant. Son corps était noir, vaporeux et solide à la fois. J'y voyais des visages déformés par la Haine, la Colère, l'Indifférence, la Tristesse et la Désolation. Ces visages étaient les miens, enveloppés par un brouillard ténébreux qui formait le corps du Scorpion. J'ai tiré mon arme de ma ceinture et je l'ai martelé de coups, comme je l'avais fait maintes fois auparavant avec d'autres choses. Je lui ai tranché la gorge, lacéré les tripes comme il avait lacéré les miennes et je lui ai planté le couteau dans ce qui lui servait de coeur, une pompe répugnante qui se contentait de s'agiter au milieu de ce corps immonde. Son sang se constellait sur mon visage et mon corps, en petites gouttes noirâtres qui disparaissaient aussitôt en s'évaporant
Un sifflement perçant puis plus rien. Les restes du Cadavre tombaient en cendre et je laissai ma lame plantée dans l'organe qui le maintenait mort à présent. J'ai ouvert la porte et la lumière nouvelle m'éblouit. Je claquai le battant de bois derrière moi et la pièce disparaissait, emportant avec elle le Mal et la Violence qui m'emplissaient et qui avaient fusionnés, se détruisant l'un l'autre.

Je montai l'escalier me sortant de ce manoir affreux et regardai l'horizon devant moi. Fait d'une mer calme, d'un ciel bleu, d'un champ battu par les vents qui vous donnent envie de danser avec eux et d'un arbre ancien qui m'offrait son ombre et ses branches. Je me suis retourné et le bloc d'Onyx qui renfermait le Scorpion avait disparu, à sa place subsistait un papillon de papier sur une tasse de café.