samedi 30 octobre 2010
"C'est marrant ce matin je me suis réveillé avec du sang dans la bouche"
Il y a un scorpion dans mon ventre. Je le sens qui court le long de mes parois organiques. Il s'affole. Il est froid. Parfois il me darde de coups, et frappe, rapidement, trois coups au hasard, il s'en fout de savoir où frapper, il sait que ça fera mal à chaque impact. Il se sait prisonnier, fait un nœud avec mon ventre et contemple satisfait l'œuvre qui est la sienne. Une coquille vide, indifférente qui obéira à ses moindres ordres, en se tordant à chaque fois que son aiguillon d'ébène la transpercera de part en part pour y insuffler son venin immonde et glacial, et là, il attendra patiemment son heure au creux de sa forteresse de chair et de sang noirci.
Scribouillé à la plume par votre Humble,
Flo
Pile-poil à
10/30/2010 06:52:00 AM
0
Objection(s) votre Honneur !
mardi 19 octobre 2010
Devenir un Anonyme parmi la foule se voulant Originale
Plonger les mains dans ses poches. Regarder droit devant soi ou bien ses pieds. Faire comme si l'on se réfugiait dans sa musique comme tout le monde dans l'attente matinale de l'autocar qui nous transforme en zombies affamés dès qu'il arrive. Laisser les autres penser ce qu'ils veulent de vous en affichant une posture banale. Et s'envoler. Partir loin de son corps et du monde réel, s'envoler très haut, là où on ne peut plus avoir le vertige puisqu'on ne voit plus rien d'autre que le ciel et l'air glacé qui fouette votre visage à chaque battement d'ailes.
Voir passer devant vous des baleines immenses et des sirènes graciles qui vous frôlent de leurs cheveux en nageant dans l'onde aérienne. Faire une course contre les aigles et piquer soudainement pour ressentir cette extase qui noue lorsque l'on tombe sans rien pouvoir faire. Imaginer un courant d'air chaud qui vous berce à 3000 m sur terre, sentir tomber la pluie qui vous rafraîchit le visage, avoir soudainement froid à la joue et au bras. Se rendre compte que l'on a plus ses ailes et tomber, très vite et très longtemps, sentir cette boule qui se forme au creux de l'estomac lorsque la gravité vous rappelle que vous devez retourner à la Terre. Voir le sol s'approcher, 50, 40, 30, 20, 10. Tomber. Se réveiller en sursaut contre une vitre de bus glacée.
Être arrivé.
Voir passer devant vous des baleines immenses et des sirènes graciles qui vous frôlent de leurs cheveux en nageant dans l'onde aérienne. Faire une course contre les aigles et piquer soudainement pour ressentir cette extase qui noue lorsque l'on tombe sans rien pouvoir faire. Imaginer un courant d'air chaud qui vous berce à 3000 m sur terre, sentir tomber la pluie qui vous rafraîchit le visage, avoir soudainement froid à la joue et au bras. Se rendre compte que l'on a plus ses ailes et tomber, très vite et très longtemps, sentir cette boule qui se forme au creux de l'estomac lorsque la gravité vous rappelle que vous devez retourner à la Terre. Voir le sol s'approcher, 50, 40, 30, 20, 10. Tomber. Se réveiller en sursaut contre une vitre de bus glacée.
Être arrivé.
Scribouillé à la plume par votre Humble,
Flo
Pile-poil à
10/19/2010 01:46:00 PM
1 Objection(s) votre Honneur !
dimanche 3 octobre 2010
"Tout ce que vous peignez pourra être retenu contre vous."
Je suis sorti du musée, des tableaux et des mots plein la tête.
Puis j'ai marché, je sentais le claquement de ma chaussure sur le goudron, sur les pierres.
Il faisait beau. Il y avait une brocante, j'ai regardé ce qu'il y avait, des souvenirs en fer blanc et des jouets d'un temps révolu, des jouets qui n'intéresseraient plus les enfants du siècle, car ce sont de bêtes soldats de plomb, qui ne bougent pas, ne font pas de bruit ou de lumière. Il y avait des vieux livres. Un album de Sempé, je l'ai feuilleté. Un opéra bondé de gens de la bonne société. Sur scène, la cantatrice, un chanteur et dans la fosse, les musiciens, sérieux comme tout. Sauf un, qui fait un signe à sa famille au balcon, et parmi tout ce beau monde sérieux et masqué selon la coutume des sorties culturelle, la famille du petit musicien le voit, une jeune fille sourit, se retourne et dit aux autres "ça va être à lui". J'ai souri. De cette simplicité de la situation, du trait. Je regardais Mon Oncles de Jacques Tati ce matin et j'ai trouvé les deux histoires assez semblables. D'une manière générale, j'ai tendance à rapprocher Tati et Sempé. Et Doisneau aussi, parce qu'ils savent tous capturer un instant simple, drôle et terriblement poétique. Il y a des tas d'autres gens qui font ça très bien aussi, François Morel, Sylvain Chomet mais je ne suis pas ici pour vous étaler ma culture. Fermons la parenthèse, comme j'ai fermé l'album de Sempé.
J'ai continué, je me suis assis en bas du cours Mirabeau, près d'une statue fraîche. Une jeune fille dessinait à côté de moi, je lui ai demandé un stylo et une feuille, elle me les a passés et j'ai griffonné moi aussi. Elle dessinait la scène devant elle, moi je dessinais des personnages imaginaires, comme ça pour rien. Elle était américaine. Puis je lui ai rendu le stylo, j'ai plié la feuille et je l'ai mise dans la poche intérieure de mon blazer. Ma mère arrivait, alors je me suis levé pour aller vers elle. Nous avons acheté des churros que nous avons mangé à quatre en marchant vers la voiture. L'air sentait la nostalgie des dimanches après-midi, ceux qui vous ramènent dans un passé un peu triste, un peu joyeux et vous colle au coeur la mélancolie des lendemains d'école, comme quand on était enfant et qu'on voyait le soleil se coucher. Il fallait faire son cartable, et se coucher tôt. On laissait ses jeux dans un coin de sa tête le temps des classes mais même pendant que la maîtresse nous apprenait les multiplications, ou les affluents de la Seine, on regardait par la fenêtre en rêvassant à un peu tout. Et on devenait pendant un court instant une photographie de Doisneau, un dessin de Sempé, un film de Tati.
Puis j'ai marché, je sentais le claquement de ma chaussure sur le goudron, sur les pierres.
Il faisait beau. Il y avait une brocante, j'ai regardé ce qu'il y avait, des souvenirs en fer blanc et des jouets d'un temps révolu, des jouets qui n'intéresseraient plus les enfants du siècle, car ce sont de bêtes soldats de plomb, qui ne bougent pas, ne font pas de bruit ou de lumière. Il y avait des vieux livres. Un album de Sempé, je l'ai feuilleté. Un opéra bondé de gens de la bonne société. Sur scène, la cantatrice, un chanteur et dans la fosse, les musiciens, sérieux comme tout. Sauf un, qui fait un signe à sa famille au balcon, et parmi tout ce beau monde sérieux et masqué selon la coutume des sorties culturelle, la famille du petit musicien le voit, une jeune fille sourit, se retourne et dit aux autres "ça va être à lui". J'ai souri. De cette simplicité de la situation, du trait. Je regardais Mon Oncles de Jacques Tati ce matin et j'ai trouvé les deux histoires assez semblables. D'une manière générale, j'ai tendance à rapprocher Tati et Sempé. Et Doisneau aussi, parce qu'ils savent tous capturer un instant simple, drôle et terriblement poétique. Il y a des tas d'autres gens qui font ça très bien aussi, François Morel, Sylvain Chomet mais je ne suis pas ici pour vous étaler ma culture. Fermons la parenthèse, comme j'ai fermé l'album de Sempé.
J'ai continué, je me suis assis en bas du cours Mirabeau, près d'une statue fraîche. Une jeune fille dessinait à côté de moi, je lui ai demandé un stylo et une feuille, elle me les a passés et j'ai griffonné moi aussi. Elle dessinait la scène devant elle, moi je dessinais des personnages imaginaires, comme ça pour rien. Elle était américaine. Puis je lui ai rendu le stylo, j'ai plié la feuille et je l'ai mise dans la poche intérieure de mon blazer. Ma mère arrivait, alors je me suis levé pour aller vers elle. Nous avons acheté des churros que nous avons mangé à quatre en marchant vers la voiture. L'air sentait la nostalgie des dimanches après-midi, ceux qui vous ramènent dans un passé un peu triste, un peu joyeux et vous colle au coeur la mélancolie des lendemains d'école, comme quand on était enfant et qu'on voyait le soleil se coucher. Il fallait faire son cartable, et se coucher tôt. On laissait ses jeux dans un coin de sa tête le temps des classes mais même pendant que la maîtresse nous apprenait les multiplications, ou les affluents de la Seine, on regardait par la fenêtre en rêvassant à un peu tout. Et on devenait pendant un court instant une photographie de Doisneau, un dessin de Sempé, un film de Tati.
Scribouillé à la plume par votre Humble,
Flo
Pile-poil à
10/03/2010 03:28:00 PM
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