jeudi 2 décembre 2010

Un sifflement perçant et puis plus rien

J'ai poussé la porte qui s'est ouverte en grinçant. La pièce était d'un noir d'encre, on n'y voyait rien mais je m'en foutais, je voyais que la Chose était là, et je percevais ses moindres déplacements. Elle se terrait dans un coin, s'enveloppant dans l'obscurité, espérant échapper à ma lame. Tout d'un coup elle a couru et s'est jetée sur moi, me projetant à terre. Je ne lâchai pas mon poignard. Je sentais sa présence derrière moi. Son souffle glacial et ce murmure horrible qui depuis trop longtemps me susurrait des mots obscurs, violents, sans aucune joie.
Ses pattes d'ébène se posèrent sur mes épaules et j'entendais sa voix se faufiler dans mon oreille, comme de l'eau très froide "Allez, laisse toi exploser, une bonne fois pour toutes. Après c'est juste les ténèbres comme tu les as connus depuis toujours, arrache le monde à la simple force de tes griffes, et venge-toi". Je n'en pouvais plus de ses mensonges, de cette malédiction que j'avais accueilli dans mes entrailles. J'ai délicatement enlevé sa main de mon épaule et me suis retourné, face à elle. Elle était là, avec ses huit longues pattes, son aiguillon suintant d'un venin acide et fumant. Son corps était noir, vaporeux et solide à la fois. J'y voyais des visages déformés par la Haine, la Colère, l'Indifférence, la Tristesse et la Désolation. Ces visages étaient les miens, enveloppés par un brouillard ténébreux qui formait le corps du Scorpion. J'ai tiré mon arme de ma ceinture et je l'ai martelé de coups, comme je l'avais fait maintes fois auparavant avec d'autres choses. Je lui ai tranché la gorge, lacéré les tripes comme il avait lacéré les miennes et je lui ai planté le couteau dans ce qui lui servait de coeur, une pompe répugnante qui se contentait de s'agiter au milieu de ce corps immonde. Son sang se constellait sur mon visage et mon corps, en petites gouttes noirâtres qui disparaissaient aussitôt en s'évaporant
Un sifflement perçant puis plus rien. Les restes du Cadavre tombaient en cendre et je laissai ma lame plantée dans l'organe qui le maintenait mort à présent. J'ai ouvert la porte et la lumière nouvelle m'éblouit. Je claquai le battant de bois derrière moi et la pièce disparaissait, emportant avec elle le Mal et la Violence qui m'emplissaient et qui avaient fusionnés, se détruisant l'un l'autre.

Je montai l'escalier me sortant de ce manoir affreux et regardai l'horizon devant moi. Fait d'une mer calme, d'un ciel bleu, d'un champ battu par les vents qui vous donnent envie de danser avec eux et d'un arbre ancien qui m'offrait son ombre et ses branches. Je me suis retourné et le bloc d'Onyx qui renfermait le Scorpion avait disparu, à sa place subsistait un papillon de papier sur une tasse de café.

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