samedi 18 décembre 2010
Les araignées dansent une java folle au son des Balkans
Elle était au milieu de l'Église. Menue, petite. Elle souriait. Elle tenait un violon dans sa main gauche, l'archet dans la droite. Sous l'invitation du Silence, elle cala son menton sur le violon et déposa délicatement l'archet sur les cordes. Les doigts sur la touche se mirent à bouger, lentement puis de plus en plus vite, et tandis que les pattes de cette Araignée joyeuse s'animaient, l'archet allait et venait et une musique déchirante et gaie à la fois. Et la petite violoniste souriait. C'était la première fois que je voyais quelqu'un d'aussi heureux en jouant, et c'était aussi la première fois que je voyais un musicien aller aussi bien avec son instrument, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde que cette dame joue du violon et pas autre chose. Je dis cette dame mais elle paraissait enfant quand elle jouait. Un tel rythme, et une telle mélodie sortait du violon, rugueuse et douce à la fois, la musique envahissait l'Eglise entière et nous faisait sentir des odeurs, nous faisait voir des images, et je ne pouvais décoller les yeux de cette araignée qui courait sur la touche, habitée par une énergie qui la faisait danser comme une folle, de plus en plus vite, pour finir le morceau, en s'arrêtant soudainement, quelques notes finissaient et c'était tout. On ne regrettait pas la fin du morceau, on était content qu'il ait existé. La musique qui m'a été offerte ce soir-là était humaine, de celle qui vous élève l'âme et vous transporte vers l'Ailleurs, pour le plaisir de jouer, pour le plaisir du rythme, pour le plaisir des notes, pour le plaisir des sens.
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