dimanche 3 octobre 2010

"Tout ce que vous peignez pourra être retenu contre vous."

Je suis sorti du musée, des tableaux et des mots plein la tête.
Puis j'ai marché, je sentais le claquement de ma chaussure sur le goudron, sur les pierres.
Il faisait beau. Il y avait une brocante, j'ai regardé ce qu'il y avait, des souvenirs en fer blanc et des jouets d'un temps révolu, des jouets qui n'intéresseraient plus les enfants du siècle, car ce sont de bêtes soldats de plomb, qui ne bougent pas, ne font pas de bruit ou de lumière. Il y avait des vieux livres. Un album de Sempé, je l'ai feuilleté. Un opéra bondé de gens de la bonne société. Sur scène, la cantatrice, un chanteur et dans la fosse, les musiciens, sérieux comme tout. Sauf un, qui fait un signe à sa famille au balcon, et parmi tout ce beau monde sérieux et masqué selon la coutume des sorties culturelle, la famille du petit musicien le voit, une jeune fille sourit, se retourne et dit aux autres "ça va être à lui". J'ai souri. De cette simplicité de la situation, du trait. Je regardais Mon Oncles de Jacques Tati ce matin et j'ai trouvé les deux histoires assez semblables. D'une manière générale, j'ai tendance à rapprocher Tati et Sempé. Et Doisneau aussi, parce qu'ils savent tous capturer un instant simple, drôle et terriblement poétique. Il y a des tas d'autres gens qui font ça très bien aussi, François Morel, Sylvain Chomet mais je ne suis pas ici pour vous étaler ma culture. Fermons la parenthèse, comme j'ai fermé l'album de Sempé.

J'ai continué, je me suis assis en bas du cours Mirabeau, près d'une statue fraîche. Une jeune fille dessinait à côté de moi, je lui ai demandé un stylo et une feuille, elle me les a passés et j'ai griffonné moi aussi. Elle dessinait la scène devant elle, moi je dessinais des personnages imaginaires, comme ça pour rien. Elle était américaine. Puis je lui ai rendu le stylo, j'ai plié la feuille et je l'ai mise dans la poche intérieure de mon blazer. Ma mère arrivait, alors je me suis levé pour aller vers elle. Nous avons acheté des churros que nous avons mangé à quatre en marchant vers la voiture. L'air sentait la nostalgie des dimanches après-midi, ceux qui vous ramènent dans un passé un peu triste, un peu joyeux et vous colle au coeur la mélancolie des lendemains d'école, comme quand on était enfant et qu'on voyait le soleil se coucher. Il fallait faire son cartable, et se coucher tôt. On laissait ses jeux dans un coin de sa tête le temps des classes mais même pendant que la maîtresse nous apprenait les multiplications, ou les affluents de la Seine, on regardait par la fenêtre en rêvassant à un peu tout. Et on devenait pendant un court instant une photographie de Doisneau, un dessin de Sempé, un film de Tati.

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